Les Entreprises Locales de Distribution (ELD) sont des acteurs historiques du secteur de l'énergie qui assurent la distribution d'électricité ou de gaz sur une partie limitée du territoire français.
Héritières des régies municipales créées avant la Seconde Guerre mondiale, elles continuent aujourd'hui d'alimenter près de 5 % du territoire national.
Contrairement à la majorité des entreprises françaises, dont les réseaux sont gérés par Enedis pour l'électricité ou GRDF pour le gaz, certains sites professionnels dépendent d'une ELD. C'est notamment le cas à Strasbourg, Metz, Grenoble ou encore Bordeaux pour le gaz.
Mais qu'est-ce qu'une ELD exactement ? Pourquoi existent-elles encore aujourd'hui ? Et peut-on choisir librement son fournisseur d'énergie lorsque ses locaux sont situés dans une zone desservie par une entreprise locale de distribution ?
Qu'est-ce qu'une entreprise locale de distribution (ELD) ?
Une entreprise locale de distribution est une société chargée de gérer les réseaux publics de distribution d'électricité, de gaz, ou des deux, sur un territoire géographique précis.
On parle aussi parfois de régie locale d'électricité, de distributeur non nationalisé (DNN) ou encore de gestionnaire de réseau de distribution (GRD) local.
Il est essentiel de distinguer deux rôles bien distincts dans le secteur de l'énergie :
- Le gestionnaire de réseau de distribution (GRD) entretient les infrastructures physiques : câbles, canalisations, compteurs. Il intervient en cas de panne et gère les raccordements. Sur 95 % du territoire, ce rôle est assuré par Enedis (électricité) et GRDF (gaz).
- Le fournisseur commercialise l'énergie, émet les factures et gère la relation client.
Les ELD exercent historiquement le rôle de GRD sur leur périmètre. Beaucoup sont également fournisseurs sur ce même territoire, via une entité distincte lorsque la réglementation l'impose.
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ELD, des statuts juridiques variés
Toutes les ELD ne possèdent pas le même statut juridique. Elles peuvent prendre différentes formes :
- une régie municipale ou intercommunale, comme la Régie municipale d'électricité de Loos dans le Nord ou la Régie d'électricité de Thônes en Haute-Savoie ;
- une société d'économie mixte (SEM), comme le groupe Gaz de Bordeaux, dont la filiale de distribution Régaz-Bordeaux assure la gestion du réseau gaz sur la métropole bordelaise, ou GEG (Gaz Électricité de Grenoble) dont la filiale réseau est GreenAlp ;
- une société anonyme à ancrage territorial, comme le Groupe ÉS à Strasbourg, dont la filiale de distribution est Strasbourg Électricité Réseaux et la filiale fournisseur ÉS Énergies Strasbourg ;
- une Société d'Intérêt Collectif Agricole d'Électricité (SICAE), comme la SICAE de l'Aisne ou la SICAE Oise, créées à l'origine pour électrifier les zones rurales.
Cette diversité reflète l'histoire particulière de chaque territoire et la manière dont l'électrification locale s'est développée au cours du XXe siècle.
Un double rôle : distributeur et fournisseur d'énergie
La principale particularité des ELD réside dans leur double fonction sur leur territoire.
En tant que gestionnaire de réseau, elles assurent :
- l'entretien des réseaux ;
- le raccordement des nouveaux consommateurs ;
- le dépannage en cas de panne ;
- le relevé et l'installation des compteurs communicants.
En tant que fournisseur historique, elles commercialisent des contrats d'électricité ou de gaz et proposent, pour l'électricité, les tarifs réglementés de vente (TRV). Les TRV de gaz ont quant à eux été supprimés le 30 juin 2023.
Les ELD dépassant le seuil de 100 000 clients sont tenues, conformément au droit européen, de séparer juridiquement leurs activités de distribution et de fourniture.
C'est pourquoi on distingue par exemple Strasbourg Électricité Réseaux (le GRD) et ÉS Énergies Strasbourg (le fournisseur), ou encore Régaz-Bordeaux (le GRD gaz) et Gaz de Bordeaux (le fournisseur).
Quelle est la liste des principales ELD en France ?
Les ELD représentent un paysage énergétique très fragmenté. On en dénombre aujourd'hui environ 140 selon la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE), dont une vingtaine actives sur le gaz.
Elles desservent environ 5 % du territoire français et plusieurs millions de consommateurs.
Les principales entreprises locales de distribution
Note : À Bordeaux, seul le réseau gaz dépend d'une ELD (Régaz-Bordeaux). Le réseau électricité est géré par Enedis.
Le cas particulier des SICAE
Les Sociétés d'Intérêt Collectif Agricole d'Électricité (SICAE) sont des coopératives créées pour électrifier les zones rurales, à une époque où les grands opérateurs jugeaient ces territoires peu rentables.
Elles sont particulièrement présentes dans les Hauts-de-France et en Île-de-France. Parmi les plus connues :
- la SICAE de l'Aisne, qui dessert plus de 170 communes du département ;
- la SICAE Oise, implantée dans le nord de l'Oise sur 235 communes ;
- la SICAE de la Somme et du Cambraisis, active dans 185 communes de la Somme et du Nord.
Leur gouvernance repose sur un modèle coopératif associant collectivités locales, exploitants agricoles et consommateurs.
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D'où viennent les ELD ? Un peu d'histoire
À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, de nombreuses communes prennent l'initiative de construire leurs propres réseaux électriques.
Dans certaines régions montagneuses, des centrales hydroélectriques sont développées pour alimenter des villages isolés. Cette dynamique est particulièrement forte dans les territoires ruraux, délaissés par les opérateurs privés de l'époque.
La nationalisation du marché de l'énergie en 1946
Après la Seconde Guerre mondiale, la loi du 8 avril 1946 crée EDF et GDF afin de nationaliser l'essentiel des activités électriques et gazières françaises.
Les régies locales déjà en activité obtiennent cependant une dérogation leur permettant de conserver leur autonomie sur leur périmètre historique.
Plus de quatre-vingts ans après cette réforme, les ELD exercent toujours sur ces mêmes territoires. Certaines ont même développé des capacités de production renouvelable, notamment dans l'hydroélectricité, l'éolien ou le solaire.
Comment savoir si mes locaux sont en zone ELD ?
Plusieurs solutions permettent de vérifier rapidement si un site professionnel dépend d'une ELD.
Consulter une facture d'énergie
Le nom du gestionnaire de réseau figure systématiquement sur les factures d'électricité ou de gaz.
Si vous y lisez Enedis ou GRDF, votre site est sur le réseau national. En revanche, des noms comme Strasbourg Électricité Réseaux, GreenAlp, Réséda, Régaz-Bordeaux ou Séolis indiquent une zone ELD.
Vérifier auprès de la mairie
Les communes sont propriétaires des réseaux publics de distribution. La mairie peut indiquer précisément quel gestionnaire intervient sur son territoire, ce qui peut être utile avant une implantation ou un déménagement de site.
Consulter le Médiateur national de l'énergie
Le site energie-info.fr, géré par le Médiateur national de l'énergie, permet d'identifier les fournisseurs et gestionnaires de réseau disponibles pour chaque code postal. C'est l'outil de référence avant toute démarche de mise en concurrence.
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Quelles offres et quel choix de fournisseur en zone ELD ?
Le tarif réglementé reste disponible pour l'électricité
Les ELD demeurent les fournisseurs historiques de leur zone de desserte. À ce titre, elles proposent les tarifs réglementés de vente d'électricité (TRV), au même titre qu'EDF sur le reste du territoire.
Rappel : les TRV de gaz ont été supprimés le 30 juin 2023. Les ELD commercialisent également des offres de marché, parfois assorties d'électricité verte ou de services complémentaires.
Une concurrence encore limitée
Dans la pratique, peu de fournisseurs alternatifs sont présents en zone ELD. Cette situation s'explique par des contraintes techniques et informatiques propres à chaque réseau local, qui rendent plus complexe l'intégration de nouveaux acteurs.
Quelques exceptions existent : des fournisseurs comme Ekwateur ou Ohm Énergie proposent des offres dans certaines villes comme Strasbourg, Grenoble, Metz ou Niort.
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Les entreprises en zone ELD peuvent-elles comparer les offres des fournisseurs ?
C'est l'une des questions les plus fréquentes que se posent les dirigeants et responsables achats dont les locaux sont situés en zone ELD. La réponse courte : oui en théorie, mais rarement en pratique.
Depuis 2004, le marché de l'énergie est officiellement ouvert à la concurrence pour les professionnels, y compris dans les zones desservies par une ELD. Rien n'interdit légalement à une entreprise de choisir un fournisseur alternatif à son ELD historique.
Le vrai obstacle est ailleurs : il est technique et commercial.
Pour qu'un fournisseur alternatif puisse commercialiser de l'énergie sur un réseau ELD, il doit au préalable signer un contrat d'accès spécifique avec ce réseau, adapter ses systèmes informatiques à ses formats de données propres et estimer si le volume de clients potentiels justifie cet investissement.
Pour une petite zone ELD regroupant quelques milliers de sites professionnels, ce calcul est rarement favorable. Résultat : la plupart des fournisseurs alternatifs ne se donnent pas la peine de s'y connecter.
En pratique, la situation varie fortement selon la taille de l'ELD :
- Sur les réseaux des grandes métropoles (comme Strasbourg, Grenoble ou Metz), une poignée de fournisseurs alternatifs nationaux ont fait l'effort technique de se raccorder. Les entreprises de ces secteurs ont donc généralement accès à deux ou trois offres concurrentes.
- Dans les zones gérées par de petites ELD ou des SICAE, la mise en concurrence est souvent impossible, faute de fournisseurs alternatifs actifs.
Des tarifs historiques souvent très compétitifs
Bonne nouvelle cependant pour les entreprises concernées : l'absence de concurrence ne signifie pas forcément des factures exorbitantes.
Grâce à leur ancrage local, à des coûts de structure souvent rationalisés et, pour certaines, à la possession de leurs propres outils de production (comme des centrales hydroélectriques locales), les ELD proposent généralement des prix compétitifs.
Leurs offres de marché ou leurs tarifs réglementés de vente soutiennent très bien la comparaison avec les fournisseurs nationaux.
Dans les zones où l'entreprise se retrouve captive de son fournisseur historique, le levier de négociation directe sur le prix brut de l'énergie est certes limité.
Heureusement, d'autres optimisations financières restent actionnables : l'ajustement des puissances souscrites (TURPE), l'audit des taxes énergétiques (exonérations ou taux réduits) ou encore les services d'effacement.
C'est précisément dans ces configurations complexes que l'accompagnement d'un courtier spécialisé prend tout son sens. I
Identifier les rares fournisseurs effectivement opérationnels sur votre code postal, déceler les marges d'optimisation hors-tarif et sécuriser les meilleures conditions contractuelles : c'est le cœur de notre métier au Lab des Énergies.


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