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Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3) : tout comprendre sur la politique énergétique française

Lucas Grandperrin
Lucas Grandperrin
centrale nucléaier
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À l’heure où les aléas géopolitiques se multiplient et où l’urgence climatique se fait de plus en plus pressante, la France s’est dotée d’outils de pilotage pour se libérer des fluctuations du marché et réduire ses émissions carbone.

Parmi eux, la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE 3) fixe les orientations de la politique énergétique française pour les dix prochaines années, avec à la clé de nombreux arbitrages et subventions énergétiques.

Attendue avec beaucoup d’impatience, la troisième version, ou PPE 3, a été publiée le 12 février 2026 au Journal Officiel. 

Ambitions, évolution du mix énergétique, budgets engagés : quels sont les axes structurants de cette nouvelle programmation ? Le Lab des Énergies vous propose un décryptage des éléments clés à retenir.

Qu'est-ce que la PPE 3 ? 

Pour bien appréhender ce texte, il est essentiel de le replacer dans son contexte historique, de comprendre sa portée normative et de revenir sur les trois enjeux qu’elle défend. 

De 2016 à 2026 : le contexte historique de la PPE 3

La PPE 3 est le troisième volet d’une démarche initiée en 2016, dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV). 

Cette loi est née dans le contexte particulier de la Conférence Internationale sur le Climat (COP 21) en 2015, qui aboutira au célèbre Accord de Paris. 

La PEE vise alors à définir comment atteindre les objectifs de la LTECV d’un point de vue énergétique. Elle est définie pour deux périodes consécutives de cinq ans.

La PPE 1 est la toute première forme de planification de la transition énergétique en France. À l’époque, elle s’articule autour des enjeux de sobriété énergétique, de croissance des énergies renouvelables et de la modernisation du système électrique.

Quelques années plus tard, la PPE 2, adoptée en avril 2020, a été particulièrement remarquée pour sa politique active d’efficacité énergétique dans les secteurs du bâtiment, du transport et de l’industrie. 

Des avancées structurantes ont été réalisées, notamment avec la mise en place de feuilles de route de décarbonation pour les secteurs les plus émetteurs (métallurgie, chimie lourde, ciment…).

En parallèle, les programmes France Relance et France 2030 ont contribué à la décarbonation de plus de 200 sites industriels.

Le cadre légal de la PPE 3

La PPE s’inscrit dans le cadre plus général de la stratégie de transition globale française, aussi dite « Stratégie Française pour l’Energie et le Climat » (SFEC)

Elle est composée de trois volets complémentaires :

  • La Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE), et son annexe la Stratégie de développement des mobilités propres (SDMP),
  • Le Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC),
  • La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3, à date).

Ces documents de planification permettent aux autorités de piloter la transition écologique dans toutes ses dimensions. 

La PPE sert de feuille de route énergétique pour la France. Elle est adoptée par décret et encadrée par le code de l’énergie, avec des règles précisées par la loi du 17 août 2015 sur la transition énergétique.

La PPE a des impacts concrets puisqu’elle encadre le lancement des appels d’offre pour : 

  • le développement des énergies vertes
  • l’installation de nouvelles unités de production électrique, 
  • le maintien du niveau de sécurité d’approvi­sionnement du système énergétique français.

À savoir : Des PPE distinctes sont prévues pour la métropole continentale et les zones non interconnectées ou ZNI (Corse, La Réunion, Guyane, Martinique, Guadeloupe, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon).

Celle de la métropole est élaborée par le Gouvernement, tandis que celles des ZNI le sont conjointement avec les collectivités territoriales.

Les 3 objectifs fondamentaux de la PEE : souveraineté, neutralité carbone et compétitivité

La PPE repose sur un triptyque indissociable : la sécurité d’approvisionnement énergétique, la maîtrise des prix de l’énergie et la lutte contre le changement climatique.

La sécurité d’approvisionnement et la souveraineté énergétique : 

Ce point vise à l’élaboration d’un mix énergétique français permettant de réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles importées, tout en adaptant les infrastructures nécessaires à la production, à la transformation, au transport et à la distribution de l’énergie, notamment des énergies renouvelables.

La maîtrise des prix de l’énergie  

L’ambition de la PPE est de garantir l’accès à un prix de l’énergie compétitif, en faveur des entreprises et des consommateurs français.

La lutte contre le changement climatique : 

L’objectif est de passer d’un mix énergétique constitué d’environ 60 % d’énergies fossiles importées en 2023 à un mix énergétique constitué d’environ 60 % d’énergies bas-carbone en 2030, pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Les ambitions de la PPE 3 : diminuer la dépendance aux énergies fossiles et renforcer le recours à l’électricité décarbonée 

Ces 3 axes de travail prioritaires se traduisent dans deux ambitions structurantes, portées par le contexte économique et géopolitique actuel. Elles guideront l’ensemble des prochains arbitrages énergétiques.

Le contexte géopolitique et économique comme moteur

Les récents évènements sur la scène internationale (guerre en Ukraine en 2022, guerre en Iran en 2026) ont fortement perturbé les marchés et révèlent, une fois de plus, la vulnérabilité de la France face à sa dépendance aux énergies fossiles. 

La PPE 3 s’inscrit dans ce contexte particulier, qui justifie des objectifs très ambitieux en faveur de la sortie des énergies carbonées.

Cela nécessite des transformations profondes dans l'ensemble des secteurs économiques (industrie, bâtiment, transport, etc.) en vue d'atteindre une forme d'indépendance énergétique. 

Cette transition repose sur trois piliers : 

  • la réduction de la consommation globale d'énergie, 
  • l'électrification massive des usages, 
  • le développement de la production d'énergies bas-carbone.

Réduire le recours aux énergies fossiles à 40 % en 2030

Le mix énergétique actuel de la France ne lui permet pas d’atteindre la souveraineté énergétique à date : on compte encore 37 % de pétrole et 21 % de gaz naturel dans sa consommation d’énergie finale. 

L’ambition principale est donc de diminuer drastiquement la dépendance française aux énergies fossiles, en faisant baisser leur consommation de 900 TWh à 330 TWh d’ici 2035.

Parmi les énergies fossiles, voici les principales baisses prévues par la PPE 3 :

Les produits pétroliers 

Le président de la République a fixé comme objectif final de mettre fin à la consommation de pétrole d’ici 2045. 

Depuis le milieu des années 2000, la consommation globale suit une tendance à la baisse (en moyenne -1,7 % par an entre 2005 et 2023). Cette diminution est liée principalement aux secteurs industriel, résidentiel et tertiaire.

Le gaz fossile 

La consommation primaire de gaz fossile diminue, passant de 368 TWh en 2023 à 277 TWh en 2030, puis à 203 TWh en 2035. 

Cette réduction résulte des politiques de décarbonation de l’industrie, de la rénovation des bâtiments, du remplacement des chaudières à gaz par des équipements bas-carbone et de la substitution par des gaz verts.

Le charbon 

La consommation primaire de charbon en France métropolitaine diminue fortement en 2023 (-23 %) pour atteindre 50 TWh, son niveau le plus bas jamais enregistré.

Ce recul s’explique par une tendance de fond : le charbon est progressivement remplacé par d’autres sources d’énergie dans la plupart des secteurs. 

Pour compenser le recours aux énergies fossiles, la PPE 3 prévoit le développement d’un mix électrique équilibré, décarboné et souverain grâce au développement de la filière renouvelable, mais également de celle du nucléaire.

Augmenter le recours à l’électricité décarbonée et accélérer l’électrification des usages

Dans ce contexte d’incertitudes géopolitiques et économiques, la PPE 3 affiche des objectifs de production d’énergie décarbonée sensiblement plus ambitieux que ceux fixés dans sa version précédente. 

Le texte indique que la production d'électricité décarbonée est censée atteindre au moins 650 TWh d'ici 2035, ce qui représente une croissance de 42 % par rapport à l'année 2023.

Pour être soutenable, cette production d’électricité décarbonée doit s’accompagner d’un vaste plan d’électrification des usages. 

Les secteurs majoritairement concernés sont l’industrie / l’artisanat, le bâtiment, la mobilité et le numérique. Il s’agit donc d’une transformation globale et sans précédent dans l’histoire énergétique française !

Et si les objectifs d’électrification ne sont pas atteints ? La clause de revoyure d’ici 2027

La PPE 3 mise sur une très forte croissance de la consommation d’électricité, mais prévoit une clause de revoyure dès 2027 afin d’ajuster sa trajectoire, surtout dans un contexte d’élections présidentielles. 

Cette clause de revoyure prend également tout son sens au regard de la non-atteinte des objectifs d’électrification fixés précédemment. 

Des études sur l’évolution de la consommation seront donc menées durant les deux prochaines années et pourront, le cas échéant, conduire à une révision simplifiée de la PPE d’ici à 2027.

La relance du nucléaire : le tournant historique de la PPE 3 

Pour répondre aux deux enjeux de souveraineté énergétique et d’électrification, la PPE 3 opère un revirement inédit sur le nucléaire, soulignant les bénéfices stratégiques de cette énergie face au contexte actuel. 

Coup d’arrêt aux fermetures de réacteurs : une rupture nette avec la PPE2

Alors que la PPE 2 avait prévu de nombreuses fermetures de réacteurs nucléaires, notamment celles des deux réacteurs de Fessenheim, qui avaient fait grand bruit, l’exécutif semble faire machine arrière et acter la relance de la filière nucléaire dans la PPE 3. 

L’objectif affiché de la PPE 2 était de passer de 75 % à 50 % le nucléaire dans les capacités de production électriques françaises.

Ce revirement notable est en cohérence avec le discours du Président Macron de Belfort en 2022, alors que l’énergie nucléaire prouve être une énergie abordable, peu carbonée et souveraine en période de turbulences. 

Cette décision s’appuie également sur le rapport de RTE « Futurs énergétiques 2050 » qui alertait sur un risque pour la sécurité d’approvisionnement en énergie avec une réduction claire des capacités de production nucléaire d’ici 2050.

La PPE 3 arbitre donc et maintient une part significative d’électricité nucléaire dans le mix français à l’horizon de l’année 2050. 

Cette relance augmentera de 25 % le volume de travail nécessaire d’ici à 2033, ce qui devrait conduire à près de 100 000 recrutements d’ici 2030.  

Construction de 6 nouveaux EPR2 et prolongation du parc existant à 50 ou 60 ans

La relance du nucléaire passe par deux axes principaux : prolonger le parc existant jusqu’à 60 ans et construire de nouvelles capacités de production.

Le prolongement du fonctionnement des réacteurs nucléaires après 50 ans puis 60 ans sera déployé tant que les exigences de sûreté le permettent, en cohérence avec les pratiques internationales actuelles. 

Selon la législation en vigueur, les réexamens décennaux de sûreté permettront de vérifier régulièrement si chaque réacteur peut continuer à fonctionner. 

En parallèle, EDF mène un programme de travaux pour opérer la maintenance des sites et l’augmentation de la puissance disponible des réacteurs existants.

La PPE 3 envisage également la création de nouvelles capacités de production avec la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 : deux à Penly, deux à Gravelines et deux à Bugey. 

La réalisation est en attente de la décision finale d’investissement par le conseil d’administration d’EDF, prévue pour 2026. Le scénario central de la PPE retient une hypothèse de production de 380 TWh d’ici 2030.

Les SMR : l’objectif d'un premier réacteur début 2030 pour cette technologie innovante

L’encouragement du nucléaire repose non seulement sur les EPR2, mais aussi sur des technologies de rupture qui affichent des résultats prometteurs. 

Les SMR (small modular reactor) ou petits réacteurs nucléaires se développent de plus en plus, notamment dans le secteur industriel.

Ces réacteurs de puissance plus faible, allant de quelques dizaines de MWe à environ 300 MWe, ont été soutenus par les programmes France Relance et France 2030 pour faire avancer leurs niveaux de maturité.

L’État souhaite continuer à soutenir l’innovation de rupture, via le plan France 2030. 

Son objectif est de réaliser le premier coulage de béton d’un petit réacteur modulaire à eau pressurisée et de lancer au moins un prototype de petit réacteur nucléaire innovant utilisant une technologie différente d’ici au début des années 2030.

Parallèlement, la PPE 3 encourage la poursuite des travaux pour évaluer l’intérêt de ces réacteurs en France, notamment pour la production de chaleur, d’hydrogène bas carbone ou le traitement du 

Les énergies renouvelables électriques : un développement ambitieux mais réaliste

L’Éolien en mer : le coup de boost

Dans le cadre de la PPE 3, l’éolien offshore est particulièrement soutenu avec de nombreux appels d’offres (déjà lancés pour certains) pour accélérer son développement. 

La capacité installée devrait atteindre 3,6 GW dès 2030, puis grimper rapidement à environ 9,5 GW dans les années suivantes grâce aux projets en cours et attribués. 

L’objectif sera ensuite d’atteindre au moins 15 GW de puissance installée en 2035, puis 18 GW en 2037. 

Pour faciliter le déploiement de ces capacités, des dispositions présentes dans la Loi d’Accélération et de Simplification de l’Action Publique (ASAP) en 2020 et la loi APER de 2023 visent à lever les freins à l’installation de nouveaux parcs.

À ce jour, trois projets totalisant 1,5 GW ont été réalisés : le parc de Saint-Nazaire, de 480 MW, mis en service en 2022, ainsi que les parcs de Fécamp et de Saint-Brieuc, mis en service en mai 2024. 

D’ici 2026, le parc de Yeu-Noirmoutier sera entièrement opérationnel, suivi par les mises en service des parcs de Dieppe-Le-Tréport et de Courseulles-sur-Mer.

Pour soutenir ses efforts, la France capitalise sur son tissu industriel, qui regroupe un tiers des capacités européennes de production d’éoliennes en mer. 

L’investissement dans les sites industriels existants continuera d’être soutenu. Il vise à la fois à renforcer ces sites et à développer une capacité industrielle pour produire des pièces spécifiques et leurs sous-composants critiques. 

La France souhaite créer des pôles de fabrication et d’assemblage pour atteindre une capacité de production d’au moins 500 MW/an sur chaque façade maritime d’ici à 2030. 

L’Éolien terrestre : un repowering des installations existantes

La politique définie par la PPE pour l’éolien terrestre repose sur les installations déjà en place.

Elle met notamment l’accent sur le « repowering », c’est-à-dire le remplacement complet des éoliennes, ou la remotorisation, qui consiste à moderniser leurs équipements internes. 

Cette démarche permet de substituer les turbines actuelles par des modèles plus performants, souvent moins nombreux mais plus puissants, tout en maintenant des critères d’exigence élevés pour le développement de nouveaux projets.

Cela se fera dans le cadre de deux appels d’offres par an à hauteur d’environ 800 MW par période à compter du premier semestre 2026. L’objectif est de maintenir le rythme de développement autour de 1,3 GW/an.

Le solaire photovoltaïque : diversité des installations et renforcement industriel

Pour le solaire photovoltaïque, la PPE 3 vise à promouvoir un équilibre entre grandes et petites toitures, centrales au sol et projets d’agrivoltaïsme.

Elle tient également compte des coûts élevés de certaines technologies et cherche à réduire les conflits d’usage ainsi que les impacts environnementaux des installations.

Pour soutenir son développement, la France prévoit l’installation de plusieurs usines sur son territoire.

Ces projets pourraient permettre de produire jusqu’à 10 GW de composants d’ici 2035, répartis sur différents segments clés de la chaîne de valeur : 3 à 5 GW pour la filière du silicium, 3 à 5 GW pour les lingots et wafers, et 5 à 10 GW pour les cellules et modules photovoltaïques.

Des appels d’offres seront lancés après 2028 pour accompagner le déploiement de ces installations et soutenir la croissance du secteur.

L’hydroélectricité : l’augmentation des capacités

La PPE 3 s’inscrit dans la continuité de la loi Battistel-Bolo, adoptée en février 2026.

Ce texte vise à moderniser les barrages, sécuriser leur cadre juridique et faciliter de nouveaux investissements, tout en répondant aux exigences européennes sur la concurrence.

Un enjeu clé, puisque cette filière fournit aujourd’hui 40 % de l’électricité renouvelable du pays, en tête des sources françaises.

L’objectif est donc d’augmenter les capacités hydroélectriques installées de 2,8 GW d’ici 2035, en grande partie sur des installations existantes, en renforçant la puissance et la flexibilité du parc, notamment des grandes installations supérieures à 4,5 MW, y compris les STEP.

Cette croissance sera obtenue principalement par l’optimisation et le suréquipement des aménagements existants.

Les énergies bas carbone non électriques pour un mix diversifié

Si la PPE 3 met fortement l’accent sur l’électrification des usages, le texte valorise également les sources d’énergie décarbonée non électriques pour atteindre un mix énergétique très diversifié.

Parmi elles, à titre d’exemple, la France souhaite miser sur une augmentation de la production de chaleur renouvelable et de récupération avec une multiplication par deux de sa consommation d’ici à 2035.

Pour l’hydrogène bas carbone, l’objectif est d’installer jusqu’à 4,5 GW d’électrolyseurs en 2030, notamment pour favoriser sa consommation d’hydrogène dans l’industrie et pour la production de carburants de synthèse. 

La dimension budgétaire de la PPE 3 : coût pour les finances publiques et maîtrise des coûts de l’électricité

Coût maîtrisé pour le budget de l’Etat et mécanisme des contrats pour différence

La PPE 3 fixe de grandes ambitions en matière de transition énergétique, toutefois, elle précise bien que cela ne doit pas se faire aux dépens des dépenses publiques, dans un contexte de contraintes budgétaires.

Pour cela, la PPE 3 mise sur des appels d’offres compétitifs, permettant de garantir une minimisation des coûts pour l’Etat.

Selon les modélisations actuelles, intégrant l’ensemble des énergies renouvelables, et en considérant un prix médian de l’électricité, la charge publique devrait diminuer progressivement d’environ 50 % d’ici 2040.

Le coût budgétaire dépendant toutefois des prix du marché, la PPE 3 inclut des modélisations pour apprécier sa soutenabilité selon divers scénarios :

  • Un scénario bas, avec un prix de gros de l’électricité atteignant 50 € 2024/MWh, et un prix de gros du gaz atteignant 20 €2024/MWh PCS en 2030 ;
  • Un scénario médian, avec un prix de gros de l’électricité atteignant 70 €2024/MWh, et un prix de gros du gaz atteignant 35 € 2024/MWh PCS en 2030 ;
  • Un scénario haut, avec un prix de gros de l’électricité atteignant 95 €2024/MWh, et un prix de gros du gaz atteignant 50 € 2024/MWh PCS en 2030.

Finalement, la PPE 3 mise sur une décroissance du financement public dans le temps, à mesure que les coûts de production des filières renouvelables baissent et que les nouvelles capacités gagnent en compétitivité.

Elle fait le pari, qu’avec le temps, les nouveaux projets auront besoin de moins en moins de soutien public explicite jusqu’à tendre vers zéro en d’ici 2050. 

👉 Encourager les filières tout en maîtrisant la dépense publique : zoom sur le contrat pour différence (CPD) !

Parmi les mécanismes d’encouragement compétitifs figure le contrat pour différence.

Il permet à l’État de sécuriser l’investissement en garantissant un prix de rachat de l’électricité sur une période donnée.

Si le prix du marché est inférieur à ce niveau, l’État verse la différence ; s’il est supérieur, le producteur reverse l’excédent.

En résumé, le contrat pour différence permet :

  • d’assurer au producteur un revenu stable pendant toute la durée du contrat ;
  • de répartir le risque de variation des prix entre le producteur et la collectivité ;
  • de contenir le coût pour les finances publiques lorsque les prix du marché sont élevés, puisque les paiements peuvent alors être inversés.

Le cas particulier du nucléaire : prêt bonifié et contrat pour différence à 100 €/MWh maximum

Le soutien public pour la construction de six nouveaux réacteurs de type EPR2 reposera sur deux mécanismes principaux.

D’une part, un prêt de l’État bonifié couvrant au moins la moitié des coûts de construction et d’autre part, un contrat pour différence sur la production nucléaire, plafonné à 100 €/MWh.

Les coûts de construction des six nouveaux réacteurs ont été évalués en 2021 à 51,7 Md€, répartis sur une durée totale de vingt-cinq ans, soit des investissements annuels moyens d’environ 2 Md€ par an. 

Ce chiffrage est en cours de mise à jour par EDF, sous la supervision de la Délégation Interministérielle au Nouveau Nucléaire, dans la perspective d’une décision finale d’investissement prévue d’ici fin 2026.

Le contrat pour différence commencera à produire ses effets à compter de la mise en service du premier réacteur, attendue à l’horizon 2038. 

Par ailleurs, les modalités de soutien public font l’objet de discussions avec la Commission européenne afin de garantir leur compatibilité avec le droit européen.

Stabilité et compétitivité de l’énergie à terme pour le consommateur

Si la PPE 3 vise tant à encourager le recours à des énergies souveraines et décarbonées, c’est également pour protéger le consommateur et lui garantir une certaine stabilité des prix.

La PPE 3 s’inscrit dans la lignée des aides temporaires mises en place pour faire face à la crise des prix de l’énergie et limiter son coût. 

L’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique), permettant d’accéder à une consommation à prix régulé a pris fin le 31 décembre 2025 mais a été remplacé par une nouvelle régulation économique du nucléaire, en conformité avec les règles européennes.

Cette nouvelle organisation du marché de l’électricité français repose sur deux piliers :

  • D’une part, un encouragement du développe­ment de contrats de long terme négociés entre acteurs sur les marchés et adaptés à leurs besoins.
  • D’autre part, le mécanisme de régulation des revenus d’EDF issus du parc nucléaire existant pro­tégeant les consommateurs en cas de situations de prix élevés.

Avec elle, l’ensemble des consommateurs devrait bénéficier de la compétitivité et de la stabilité des coûts du nucléaire existant, tout en préservant les capacités financières d’EDF, nécessaires au maintien et au renouvellement du parc de production.

D’autres dispositifs mentionnés dans la PPE 3 permettent de garantir un coût de l’électricité compétitif :

  • La compensation des émissions indirectes de CO₂ pour protéger les industries très électro-intensives de la concurrence internationale ;
  • La réduction du tarif d’utilisation du réseau pour les sites très consommateurs d’électricité ou certains sites de stockage d’énergie ;
  • Les tarifs réduits d’accise sur l’électricité pour les industries électro-intensives, exposées à la concurrence internationale ;
  • L’appel d’offres interruptibilité : de grandes installations industrielles peuvent être rémunérées pour réduire très rapidement leur consommation d’électricité (en quelques secondes) lorsque le réseau en a besoin.

Quels impacts sur l'industrie et l’emploi ?

Décarbonation, efficacité énergétique et modernisation productive : les transformations industrielles à venir !

Comme établi précédemment, l’accélération des énergies décarbonées souveraines et du déploiement de l’efficacité énergétique entraîneront forcément des transformations dans toute l’économie, et notamment l’industrie. 

Le mix énergétique de demain, en particulier le mix électrique, est construit sur la base d’un scénario de réindustrialisation qui a été intégré au scénario de référence de cette Programmation Pluriannuelle de l'Énergie.

L’objectif in fine est de concilier souveraineté industrielle et énergétique.

La PPE 3 fait donc état de deux dimensions intrinsèques pour garantir la compétitivité industrielle française. 

D’une part, une augmentation conséquente de la production d’électricité bas carbone tout en assurant des prix permettant à l’industrie française de rester compétitive et de maîtriser sa facture énergétique. 

D’autre part, la poursuite des objectifs forts de décarbonation et d’électrification de l’industrie, en particulier s’agissant des activités les plus exposées à la concurrence internationale.

Elles font suite aux différents dispositifs de soutien qui ont déjà été mis en place précédemment comme les appels à projet France Relance ou France 2030, la loi Industrie Verte ou encore les certificats d’économies d’énergie (CEE). 

Tous soutiennent les investissements énergétiques en faveur de l’efficacité énergétique et de la décarbonation au sein des sites industriels.

La création d’emplois et l’émergence de nouvelles compétences 

🔎 Les chiffres clés :

Plus de 120 000 emplois supplémentaires d'ici 2030 : +38 000 dans le photovoltaïque, +50 000 dans le nucléaire, +28 000 dans l'éolien en mer

Si la transition vers une économie bas carbone va profondément transformer le secteur industriel, elle aura également un impact majeur sur le monde du travail.

Les emplois et les compétences vont être amenés évoluer en profondeur, en lien la réindustrialisation verte encouragée par la PPE 3.

Dans ce cadre, de nombreux secteurs devront mobiliser un grand nombre d’emplois industriels.

Par exemple, pour le développement des énergies bas-carbone (nucléaire et renouvelable), la réindustrialisation des industries vertes, ainsi que la conversion et le démantèlement des infrastructures liées aux énergies fossiles. 

Ainsi, entre 200 000 et 500 000 emplois pourraient être créés au niveau national dans les prochaines années, selon la SNBC 2. Par ailleurs, il est estimé que la transition bas carbone concernerait environ 25 à 30 % des emplois du secteur privé.

Ainsi, la PPE 3 identifie plusieurs enjeux pour l’emploi dans le secteur de l’énergie : créer de nouveaux postes adaptés, transformer ceux existants, déterminer les compétences nécessaires et adapter les formations aux besoins futurs.

Conclusion

Réduire la dépendance aux énergies fossiles et renforcer la souveraineté énergétique de la France constituent les objectifs centraux de la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3).

Pour les atteindre, la relance du nucléaire, le déploiement des énergies renouvelables et l’électrification massive des usages constituent des piliers complémentaires, avec des répercussions importantes dans les secteurs économiques et industriels.

La clause de revoyure prévue en 2027 offre toutefois une flexibilité dans son application, notamment dans le contexte des élections présidentielles.

Une main en style pointilliste tenant une ampoule allumée devant un cercle bleu avec les mots en français « en éclaireur » et en anglais « news ».

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