Entre la volatilité des prix et la complexité croissante des offres d’électricité et de gaz naturel, un métier émerge avec force : courtier en énergie.
Cette croissance rapide attire de nombreux professionnels compétents et rigoureux, mais aussi, inévitablement, quelques acteurs peu scrupuleux. Bien que minoritaires, ces derniers nuisent à l'image de toute la profession et peuvent causer des préjudices financiers considérables aux entreprises.
Cet article vous aide à repérer les 5 arnaques les plus fréquentes, à adopter les bons réflexes pour vous en protéger, et à connaître les démarches à suivre en cas de fraude suspectée ou avérée.
#1 : Les offres fictives et les comparatifs trompeurs
En signant sur la base d'informations falsifiées, vous vous engagez sur un contrat potentiellement bien plus cher que les véritables offres du marché. L'écart de tarif peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros sur la durée du contrat.
Les fausses offres de renouvellement et les prix constatés
Certaines structures fabriquent de fausses offres présentées comme "offre de renouvellement" ou "prix constatés" provenant de votre fournisseur actuel, d'EDF, d’Engie ou de TotalEnergies.
Ces documents fictifs n'ont pourtant jamais été produits par les fournisseurs mentionnés et sont volontairement gonflés pour faire paraître l'offre du courtier comme particulièrement attractive.
Les comparatifs volontairement biaisés
D'autres courtiers en énergie produisent des comparatifs où les éléments ne sont pas équivalents. Par exemple, ils comparent une offre incluant tous les coûts (tarif réseau, capacité, certificats d'économie d'énergie) face à une autre qui ne les inclut pas. Certains comptent même deux fois certains frais sur les offres concurrentes.
Des simulations tarifaires incomplètes
Les simulations peuvent être volontairement incomplètes, omettant certaines charges obligatoires pour faire paraître une offre moins chère. Une fois le contrat signé, vous découvrez le montant réel, bien supérieur.
Comment s'en prémunir ?
✔︎ Ne vous fiez jamais aux "prix constatés" sans vérification
✔︎ Contactez directement votre fournisseur pour confirmer les offres de renouvellement
✔︎ Vérifiez méticuleusement chaque ligne des comparatifs
✔︎ Demandez les contrats fournisseurs officiels
#2 : Doublons contractuels et résiliations anticipées
Lorsqu’une entreprise signe un contrat d’électricité ou de gaz naturel, le fournisseur d'énergie achète à l’avance l’énergie correspondant à toute la durée d’engagement.
Si le contrat est rompu avant son terme, il doit revendre cette énergie sur le marché — souvent à un prix inférieur à celui auquel il l’a payée.
C’est ce décalage qui explique les frais de résiliation anticipée, parfois très élevés.
Omission volontaire des frais de résiliation anticipée
Certains courtiers peuvent inciter à signer un nouveau contrat sans jamais évoquer les conséquences financières d’une résiliation de contrat anticipée.
Les frais, parfois très importants, sont passés sous silence afin d’obtenir une signature rapide du client et toucher une commission.
Le consommateur ne découvre l’existence de ces pénalités qu’au moment où son fournisseur d'énergie actuel lui facture la rupture du contrat.
Responsabilité en cas de doublon
La responsabilité dépend de l’information transmise. Si l’entreprise cliente ne communique pas correctement la date d’échéance, ou se trompe lorsqu’elle est interrogée, le doublon résulte de son propre manque de vigilance.
En revanche, si l’échéance a été clairement communiquée et que le courtier pousse malgré cela à la signature, il commet un défaut de conseil caractérisé : il est alors pleinement en tort.
Responsabilité en cas de vente, déménagement, cessation d’activité ou départ à la retraite
Lorsque vous informez le courtier qu'un événement à venir entraînera la fermeture du site (vente du fonds, déménagement, cessation d'activité, départ à la retraite, fin de bail), il a le devoir d'en tenir compte dans la durée du contrat proposé.
S'il fait signer un contrat inadapté malgré cette information, obligeant l'entreprise à résilier de manière anticipée avec des frais importants, il commet un défaut de conseil manifeste.
Si toutefois l’information n’avait pas été communiquée, la responsabilité ne peut plus être imputée au courtier : celui-ci a construit son offre sur la base des éléments connus et transmis. L’erreur découle alors d’un manque d’information du client, non d’une faute de conseil.
Comment s’en prémunir ?
✔︎ Conservez un calendrier précis de vos échéances contractuelles
✔︎ Vérifiez votre date de fin de contrat auprès de votre fournisseur
✔︎ Informer dès le début votre courtier de tout projet pouvant impacter la durée de votre contrat
#3 : La pression commerciale excessive
Certains courtiers utilisent des techniques de vente agressives pour créer un sentiment d'urgence artificielle et vous pousser à signer rapidement, sans vous laisser le temps de comparer les offres.
Ces techniques concernent surtout les courtiers qui vous sont inconnus. Si vous travaillez depuis longtemps avec un commercial dont vous êtes satisfait et qu'il vous signale une opportunité, la démarche est différente.
Harcèlement téléphonique : distinguer le travail commercial du harcèlement
Un échange commercial normal est ponctuel, respectueux et centré sur vos besoins. La pugnacité commerciale est légitime.
En revanche, le harcèlement commence lorsque les appels deviennent répétitifs et insistants, ou que le discours devient alarmiste et culpabilisant. Si le commercial met plus de pression qu'il ne fournit d'explications, ce n'est plus du conseil.
Expiration fictive d'une offre ou faux achat groupé
Certaines techniques consistent à inventer des urgences pour vous empêcher de réfléchir : "l'offre expire dans l'heure", "les inscriptions à l'achat groupé se terminent dans 48 heures", "il ne reste que quelques places".
Dans la majorité des cas, ces délais sont fabriqués. Une vraie offre ou un véritable achat groupé dispose toujours de conditions écrites, claires et vérifiables.
Informations alarmistes sur la volatilité du marché
Le marché de l'énergie peut effectivement évoluer rapidement, parfois à l'échelle d'une journée, mais ces variations sont toujours vérifiables via des sources publiques comme EPEX Spot ou la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE).
Un discours devient suspect lorsqu'aucune source n'est donnée ou qu'on utilise l'évolution du marché comme prétexte pour exiger une signature immédiate. Une information réelle peut être prouvée, une information non prouvée sert uniquement à vous mettre la pression.
Comment s'en prémunir ?
✔︎ Vérifiez systématiquement les informations avancées
✔︎ Respectez votre temps de réflexion, même si l'offre est présentée comme limitée
#4 Les chaînes d'intermédiaires opaques
Dans le courtage en énergie, travailler avec un mandataire ou un apporteur d'affaires est une pratique courante. Le problème apparaît lorsque ces mandataires sous-traitent eux-mêmes à d'autres, qui en sous-traitent encore, créant une chaîne opaque comparable à des poupées russes.
Une perte de compétence à chaque maillon
Plus on avance dans la chaîne, moins les interlocuteurs sont formés et compétents. La qualité du conseil se dégrade car ceux qui vous contactent en bout de chaîne ne sont souvent ni connus, ni suivis, ni formés par le courtier initial.
Une responsabilité impossible à établir
Avec une chaîne trop longue, chacun renvoie la faute au maillon précédent. Il devient difficile d'identifier qui vous a conseillé. Si un mandataire disparaît ou fait faillite, tout recours face aux arnaques potentielles devient impossible.
Une circulation incontrôlée de vos données
Chaque intermédiaire a accès à vos informations : factures d'électricité ou de gaz, coordonnées, consommation, tarifs. Vos données circulent entre des acteurs que vous ne connaissez pas, le risque de revente de fichiers augmente et le respect du RGPD devient fragile.
Comment s'en prémunir ?
✔︎ Identifiez clairement votre interlocuteur (raison sociale, SIRET, dirigeants)
✔︎ Appelez le courtier initial pour vérifier le partenariat
✔︎ Privilégiez les courtiers avec salariés propres ou réseau restreint et identifié
Comment réagir en cas de fraude suspectée ou avérée ?
Face à un démarchage douteux, il est essentiel d’agir vite pour éviter qu’une fraude ne produise des effets irréversibles. Voici ce qu’il faut faire selon que vous ayez signé ou non.
Vous n’avez encore rien signé
Cessez immédiatement tout échange avec le courtier et ne transmettez plus aucun document. Conservez tous les éléments reçus (mails, offres, comparatifs, messages...), et vérifiez la réputation de la société de courtage via une recherche sur Google.
En cas de doute, contactez le Médiateur national de l’énergie, qui pourra constater d’éventuelles pratiques non conformes.
Vérifiez l’authenticité des offres en appelant directement les fournisseurs concernés. Même sans signature, signalez les comportements suspects à la DGCCRF via signal.conso.gouv.fr.
Vous avez déjà signé
Vérifiez si votre entreprise peut bénéficier du délai de rétractation légal de 14 jours, réservé à certains professionnels (activité hors champ + cinq salariés ou moins). Si c’est le cas, exercez votre droit immédiatement par courrier recommandé.
Si la rétractation n’est pas possible, adressez une mise en demeure au courtier pour dénoncer les pratiques trompeuses et demander l’annulation du contrat. Prévenez votre fournisseur actuel et le nouveau fournisseur de l'arnaque subie pour bloquer toute activation.
En cas d’usurpation d’identité, de signature falsifiée ou de contrat ouvert sans votre accord, vous pouvez déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Faites-vous accompagner par votre conseil juridique pour sécuriser la suite.
Enfin, n’hésitez pas à solliciter un courtier en énergie compétent et rigoureux pour reprendre la main sur votre situation.
Comment choisir le bon courtier en énergie ?
Un bon courtier se reconnaît à des critères simples, concrets et vérifiables.
Des avis clients fiables et une réputation impeccable
Un professionnel sérieux dispose d'avis authentiques et cohérents qui reflètent la qualité de son accompagnement. Leur présence régulière et crédible est un premier signe de confiance.
Des partenariats réels et transparents avec un large réseau de fournisseurs d'énergie
Un courtier en énergie professionnel travaille avec un réseau large et diversifié de fournisseurs pour proposer de vraies comparaisons et des offres adaptées. Méfiez-vous des incohérences entre la taille du cabinet et le nombre de fournisseurs partenaires.
Et surtout, si un courtier affirme être partenaire d’EDF ou affiche le logo du fournisseur historique sur son site internet, soyez vigilant : EDF ne dispose aujourd’hui d’aucun partenariat avec des courtiers.
Des comparatifs complets et conformes aux offres réelles
Le courtier doit fournir des comparatifs basés strictement sur les documents officiels des fournisseurs. Pas de prix modifiés, pas de tableaux orientés, pas de fausses offres. Un comparatif transparent est la base d'un conseil honnête.
Un comportement commercial exemplaire
Il respecte votre temps de réflexion, ne vous harcèle pas au téléphone, ne joue pas sur la peur ou la confusion. Il conseille, il explique, mais ne manipule pas.
Une structure identifiable et responsable
Un courtier en énergie fiable se présente clairement. S'il agit en mandataire, il est directement rattaché à la société de courtage qui l'a mandaté, sans chaîne de sous-traitance opaque. Vous savez exactement qui est responsable du conseil et qui porte la responsabilité en cas de problème.
Conclusion
Le courtage en énergie peut apporter une réelle valeur ajoutée pour les consommateurs professionnels, mais seulement lorsqu’il est exercé avec compétence et transparence.
Que ce soit pour choisir son courtier en assurance, son courtier en crédit immobilier, ou son courtier en énergie, les consommateurs doivent faire preuve de vigilance pour ne pas être victime d'arnaque.
Privilégiez les experts qui expliquent plutôt que ceux qui pressent, ceux qui documentent plutôt que ceux qui inventent.




